En Californie, la taxe exceptionnelle de 5 % sur les milliardaires rejetée
Les électeurs californiens ont rejeté la Proposition 40, qui prévoyait de prélever 5 % du patrimoine net des milliardaires de l’État. Le vote met fin à une campagne dominée par la promesse de financer santé et éducation, mais aussi par la crainte de l’exil fiscal.
L’essentiel
- La Proposition 40 prévoyait une taxe unique de 5 % sur le patrimoine net des milliardaires californiens.
- Ses recettes devaient financer surtout la santé, puis l’éducation, avec près de 100 milliards de dollars espérés.
- Le projet a été battu après une campagne d’opposition financée par des géants de la Silicon Valley.
Un impôt unique sur les grandes fortunes
La Californie ne deviendra pas le premier territoire à taxer à la fois le patrimoine personnel et professionnel de ses milliardaires. D’après La Tribune, les électeurs ont rejeté la Proposition 40, une taxe exceptionnelle de 5 % sur le patrimoine net des très grandes fortunes de l’État. Le Parisien relevait toutefois mardi soir que le rejet n’était pas encore officiellement proclamé, alors qu’environ 60 % des bulletins avaient été dépouillés.
Présenté sous le nom de California 2026 Billionaire Tax Act, le projet ciblait les contribuables dont la fortune dépasse le milliard de dollars. Les estimations divergent sur le nombre de personnes concernées : La Tribune et 20 Minutes évoquent 250 milliardaires, tandis que Le Parisien parle d’environ 200 contribuables. La mesure avait notamment été élaborée par l’économiste Emmanuel Saez et s’inscrivait dans le prolongement des propositions défendues par Gabriel Zucman sur la taxation des ultrariches.
Santé et éducation au cœur de la promesse
La proposition arrivait dans un climat de fortes tensions autour des inégalités. Le Monde rappelait avant le vote que, aux États-Unis, les débats sur l’impôt sur la fortune ressurgissent lorsque l’accumulation de richesses atteint des niveaux jugés excessifs.
Selon 20 Minutes, Gabriel Zucman avait défendu en mai, dans une tribune au New York Times, un impôt unique de 5 % étalé sur cinq ans. Les recettes attendues étaient estimées à près de 100 milliards de dollars. Elles devaient financer principalement le système de santé, puis l’éducation. Les partisans du texte avaient fait de cette affectation un argument central de campagne : demander à une fraction très réduite de contribuables de contribuer davantage, au nom de services publics sous pression.
Une opposition très financée par la Silicon Valley
La campagne s’est également jouée sur la possibilité d’un départ des grandes fortunes. La Tribune indique que l’initiative syndicale s’est heurtée à une campagne d’opposition de plus de 100 millions de dollars, financée par des géants de la Silicon Valley. Les adversaires de la Proposition 40 affirmaient que la Californie risquait de voir partir des contribuables très fortunés vers des États comme le Texas ou la Floride.
Le texte comportait pourtant une clause destinée à réduire ce risque : selon La Tribune, l’assiette devait être fixée au 31 décembre 2026, afin de bloquer les délocalisations opportunistes. Le Parisien rapporte malgré tout que quelques grandes fortunes auraient déjà quitté la Californie pour se mettre à l’abri au Texas ou en Floride avant même une éventuelle entrée en vigueur.
Des économistes divisés sur la méthode
Le débat fiscal s’est prolongé sur le terrain académique. 20 Minutes a rapporté qu’un « audit » relayé par Tyler Cowen, professeur à la George Mason University et opposant à la Proposition 40, accusait Emmanuel Saez, Gabriel Zucman et leurs coauteurs d’erreurs dans leurs travaux. Transmis par un lecteur anonyme et publié quelques jours avant le vote, ce document affirmait avoir examiné 138 publications et recensé 2 035 « problèmes ».
Emmanuel Saez et Gabriel Zucman ont dénoncé une utilisation « grotesque » de l’intelligence artificielle. Gabriel Zucman a jugé que cet audit n’avait « aucune valeur et aucun intérêt ». La controverse s’ajoute à des désaccords plus anciens sur leurs travaux : 20 Minutes rappelle que Gerald Auten et David Splinter ont déjà contesté leur mesure des inégalités aux États-Unis, et qu’une étude publiée en 2025 dans le Journal of Finance par Sylvain Catherine, Max Miller et Natasha Sarin critique également leur méthode de calcul.
Un revers dans un débat qui dépasse la Californie
Le rejet californien est intervenu alors que 145 référendums étaient organisés dans différents États à l’occasion des élections de mi-mandat, selon Le Parisien. La Proposition 40 figurait parmi les scrutins les plus suivis, parce qu’elle mettait à l’épreuve une idée discutée bien au-delà des États-Unis : faire payer ponctuellement les très grandes fortunes pour financer des dépenses sociales.
Le résultat pèse sur les promoteurs de ce type d’impôt. Même dans un État démocrate, riche et très marqué par les inégalités, l’argument du financement de la santé et de l’éducation n’a pas suffi face aux inquiétudes sur l’exil fiscal, aux critiques économiques et à une opposition dotée de moyens considérables. Les débats sur la taxation des milliardaires se poursuivent toutefois ailleurs, notamment en France, où 20 Minutes relève que la question alimente aussi les discussions politiques et sociales autour des moyens consacrés à l’éducation.
Sources
Cet article croise 4 sources. Il a été rédigé avec l’aide de l’intelligence artificielle à partir des contenus ci-dessous, puis relu avant publication. Notre méthode