Société

Vie chère : une troisième mobilisation en baisse, des tensions en fin de journée

Entre 320 000 personnes selon le ministère de l’Intérieur et près de 500 000 selon les organisations de jeunesse ont manifesté samedi en France. Les cortèges ont été globalement calmes, avant des heurts dans plusieurs villes.

Des étudiants défilent avec une banderole lors d’une manifestation.
Des étudiants manifestent à Saint-Étienne (Loire), le 18 octobre 2022. (photo d’illustration) Photo : Touam (Hervé Agnoux) · CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

L’essentiel

  • Le ministère de l’Intérieur compte 320 000 manifestants, contre près de 500 000 selon l’intersyndicale jeunesse.
  • Les cortèges ont été globalement calmes avant des tensions à Paris, Nantes, Lyon, Marseille et ailleurs.
  • De nouveaux appels visent les lycées, universités et la journée intersyndicale du 5 novembre.

Des chiffres en net écart

La troisième journée de mobilisation sociale en trois semaines a de nouveau rassemblé des centaines de milliers de personnes, samedi 31 octobre, contre la vie chère et pour plusieurs revendications sociales.

Selon le ministère de l’Intérieur, 320 000 manifestants ont défilé dans toute la France, dont 70 000 à Paris, chiffre également communiqué par la préfecture de police. De son côté, l’intersyndicale jeunesse, qui regroupe l’Union étudiante, la Fage, l’Unef et l’Union syndicale lycéenne, revendique près de 500 000 participants, dont 200 000 dans la capitale, d’après franceinfo, Le Figaro et 20 Minutes.

L’écart entre les comptages est donc important. Il s’inscrit dans une séquence où les chiffres diffèrent fortement selon les sources. Le 24 octobre, les autorités avaient recensé 410 000 manifestants en France, dont 110 000 à Paris, tandis que les syndicats en revendiquaient 800 000, selon franceinfo. Le 17 octobre, le ministère avait compté 550 000 personnes mobilisées dans le pays.

Au regard des chiffres officiels, la mobilisation marque donc un recul par rapport aux deux samedis précédents. La Tribune évoque elle aussi un « acte III » moins fourni, même si le niveau de participation reste élevé.

Une colère sociale aux multiples motifs

Le mouvement s’est construit autour de la dénonciation de la vie chère. Mais les revendications dépassent ce seul thème. Selon franceinfo, les cortèges mettaient aussi en avant les moyens jugés insuffisants dans l’Éducation nationale et la gestion policière du mouvement lycéen.

La jeunesse organisée a occupé une place centrale dans cette journée. L’intersyndicale jeunesse a salué une mobilisation importante. L’Unef a affirmé auprès de l’AFP, citée par franceinfo et Le Figaro, que les manifestants avaient été « massivement dans la rue ».

À Paris, le cortège autorisé est parti peu avant 14 heures de la porte de Bagnolet pour rejoindre la porte de Charenton, selon 20 Minutes et franceinfo. Le parcours tenait les manifestants à distance des centres-villes, une stratégie également appliquée ailleurs, dans un contexte jugé sensible par les autorités.

Plusieurs villes ont connu des rassemblements dès la fin de matinée. Franceinfo cite notamment Clermont-Ferrand, Pau, Avignon et Guéret. À Strasbourg, au moins 4 000 personnes ont manifesté, selon franceinfo avec le réseau ICI Radio France. À Rennes, 20 Minutes rapporte 13 500 manifestants selon la préfecture, soit davantage que la semaine précédente. À Limoges, le cortège a approché les 3 000 personnes, et à La Rochelle, plus d’un millier de personnes se sont réunies.

Un dispositif de sécurité exceptionnel

Les autorités avaient classé cette journée comme très sensible. Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez avait annoncé la mobilisation de 70 000 policiers et gendarmes, selon Le Figaro et franceinfo. Le dispositif était lié à la fois à la mobilisation sociale et à la fête d’Halloween, avec des craintes de troubles à l’ordre public.

Le ministre avait évoqué, d’après Le Figaro, un « dispositif exceptionnel » reconduit et renforcé, notamment pour protéger les commerces et centres commerciaux. Les autorités disaient aussi surveiller des appels à des pillages relayés sur les réseaux sociaux.

À 14 heures, le ministère de l’Intérieur décrivait pourtant une situation « globalement calme », selon 20 Minutes et Le Figaro. À ce moment-là, 27 interpellations avaient été recensées, contre 217 à la même heure le samedi précédent. Le ministère faisait aussi état de 65 actions en France dans la matinée, contre 108 le 24 octobre et 198 le 17 octobre.

Des restrictions locales ont accompagné la journée. Franceinfo rapporte des couvre-feux dans certains secteurs parisiens, notamment autour de République et de Châtelet-Les Halles, pour les nuits de samedi à dimanche puis de dimanche à lundi. Des couvre-feux visant les mineurs non accompagnés étaient également prévus dans d’autres villes, comme Bordeaux, Marseille et Le Mans.

Des cortèges calmes, puis des heurts

La journée s’est d’abord déroulée sans incident majeur dans la plupart des cortèges. Plusieurs sources, dont BFMTV et franceinfo, soulignent que les manifestations ont été globalement calmes avant une montée des tensions en fin d’après-midi.

À Paris, l’arrivée porte de Charenton a marqué un changement d’ambiance. Selon franceinfo, des individus masqués habillés en noir ont rejoint le cortège. La préfecture de police a fait état de jets de projectiles contre les forces de l’ordre, qui ont répliqué avec du gaz lacrymogène. 20 Minutes a également constaté les premiers gaz lacrymogènes et signalé la présence d’individus masqués.

Des tensions ont aussi été rapportées à Nantes, où la police a tenté d’empêcher des manifestants de franchir le pont Haudaudine pour rejoindre le centre-ville, selon 20 Minutes. À Lyon, franceinfo évoque des heurts lors de la dispersion place Jean-Macé, avec usage de gaz lacrymogène après l’installation d’une barricade. Des tensions ont également été mentionnées à Marseille, Rennes, Grenoble et Toulouse par franceinfo.

À Marseille, BFMTV rapporte que cinq personnes ont été interpellées en flagrant délit de tentative de cambriolage des réserves d’un magasin Foot Locker. Concernant un jet de cocktail Molotov, les sources disponibles ne donnent pas exactement le même récit : 20 Minutes, citant la préfecture de police, évoque deux gendarmes mobiles touchés par le feu ; BFMTV rapporte de son côté que Laurent Nuñez a parlé d’un policier légèrement blessé.

Interpellations et suite du mouvement

Le bilan policier a évolué au fil de la soirée. Selon BFMTV, Laurent Nuñez a annoncé 40 000 contrôles et 422 interpellations. Le Figaro, citant le ministère de l’Intérieur, faisait ensuite état de 511 interpellations à 20 heures. À Paris, 20 Minutes rapportait 61 interpellations à 18 h 45, selon un bilan intermédiaire de la préfecture de police.

Le ministre de l’Intérieur a estimé que « les cortèges se sont bien déroulés », selon BFMTV, tout en affirmant que l’ordre public avait été maintenu et que la journée n’était pas terminée. Il a aussi dénoncé la présence de groupes de « casseurs et de pilleurs » dans les cortèges, toujours selon BFMTV.

La mobilisation doit désormais se poursuivre sur plusieurs fronts. L’Unef appelle à s’organiser dans les universités dès lundi 2 novembre et à bloquer les facultés et lycées mardi 3 novembre, selon franceinfo. L’Union syndicale lycéenne et l’Union étudiante ont également appelé à bloquer lycées et universités mardi et jeudi.

Le prochain rendez-vous national est fixé au jeudi 5 novembre, à l’appel de l’intersyndicale réunissant notamment la CFDT, la CGT, FO, l’Unsa et la FSU, selon actu.fr. Les syndicats appellent salariés du privé et du public, lycéens, étudiants et retraités à défendre les salaires, les services publics, l’emploi et l’industrie. La coordination des gilets jaunes appelle de son côté à poursuivre le mouvement les 6 et 7 novembre, d’après franceinfo.

Les sources de cet article

Cet article croise 8 sources. Il a été rédigé avec l’aide de l’IA à partir des contenus ci-dessous, puis relu avant publication.