Lundi 2 novembre 2026

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À Blois, les parents d’Inass jugés près de quarante ans après sa mort

La cour d’assises du Loir-et-Cher juge à partir du 2 novembre les parents d’Inass Touloub, fillette retrouvée morte en 1987 au bord de l’A10. L’affaire, longtemps sans nom ni suspect, a basculé grâce à l’ADN.

Palais de justice en pierre sous un ciel nuageux.
Le palais de justice, à Aurillac (Cantal), le 20 septembre 2018. (photo d’illustration) Krzysztof Golik · CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

L’essentiel

  • Les parents d’Inass Touloub sont jugés à Blois du 2 au 18 novembre.
  • La fillette avait été retrouvée morte au bord de l’A10 en 1987.
  • L’ADN a permis de relancer l’affaire après trois décennies d’impasse.

Un procès hors norme s’ouvre à Blois

Trente-neuf ans après la découverte du corps d’une fillette au bord de l’autoroute A10, ses parents comparaissent devant la cour d’assises du Loir-et-Cher, à Blois. Le procès doit se tenir du lundi 2 au vendredi 18 novembre, selon franceinfo.

La victime s’appelait Inass Touloub. Elle avait 4 ans. Pendant plus de trois décennies, elle a été connue sous le nom de « petite martyre de l’A10 » ou d’« inconnue de l’A10 », faute d’identification.

Sa mère, Halima El Bakhti, 72 ans selon 20 Minutes, est poursuivie pour actes de torture et de barbarie ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Son père, Ahmed Touloub, 74 ans selon le même média, est jugé pour complicité. Tous deux encourent la réclusion criminelle à perpétuité. Après une période de détention provisoire, ils comparaissent libres sous contrôle judiciaire, précise franceinfo.

Le procureur général près la cour d’appel d’Orléans, Fabrice Belargent, a qualifié ce procès d’« exceptionnel » auprès de franceinfo. L’audience attire une forte attention médiatique, tant l’affaire a marqué les enquêteurs et le village de Suèvres, où Inass a été enterrée.

Le corps découvert en 1987 au bord de l’A10

L’affaire commence le 11 août 1987. Deux employés de Cofiroute découvrent un paquet sur le bas-côté de l’A10, entre Orléans et Blois, à hauteur du kilomètre 135. À l’intérieur, le corps d’une enfant est enveloppé dans une couverture bleue. Elle porte une culotte, un maillot de corps et une robe de chambre.

Les premières constatations révèlent de très nombreuses violences. Franceinfo évoque des fractures, une côte cassée, des brûlures, des ecchymoses et une quinzaine de morsures. 20 Minutes détaille aussi des blessures d’âges différents, signe de sévices répétés. Le médecin légiste cité par 20 Minutes estime que le décès n’est probablement pas survenu brutalement, mais à la suite d’une accumulation de traumatismes.

L’enfant n’est réclamée par personne. Aucune disparition ne correspond. Le 9 septembre 1987, elle est inhumée au cimetière de Suèvres, près de Blois, avec une épitaphe rappelant seulement la mémoire de « la petite inconnue de l’autoroute A10 ». Des gendarmes surveillent alors discrètement la tombe, dans l’espoir qu’une personne liée au crime vienne s’y recueillir.

Des décennies de pistes sans réponse

L’enquête se heurte d’abord à un obstacle majeur : personne ne sait qui est l’enfant. À l’époque, l’ADN n’est pas encore un outil courant des investigations criminelles. Rémy Maunier, alors chef de la section de recherches d’Orléans, rappelle auprès de franceinfo que les gendarmes travaillent surtout avec du renseignement, des témoignages et des vérifications de terrain.

Les moyens déployés sont considérables. Les enquêteurs font du porte-à-porte, diffusent un portrait puis une photo retouchée de la fillette, et placardent des avis de recherche. Franceinfo mentionne 65 000 écoles et 30 000 mairies ; 20 Minutes évoque aussi une diffusion massive dans les établissements scolaires et dans plusieurs pays. Le message tient en une question : « Qui est-elle ? »

Les enquêteurs vérifient les disparitions inquiétantes, les registres d’état civil, les fichiers disponibles et de nombreuses pistes. Sans résultat. Les sources ne donnent pas exactement la même date pour le premier non-lieu : 20 Minutes évoque 1991, franceinfo 1992. L’enquête est ensuite relancée en 1993 avec l’émission télévisée « Témoin numéro un », qui provoque de nombreux appels. Là encore, aucune piste décisive n’aboutit.

Une nouvelle autopsie est ordonnée en 1995, après exhumation du corps. Elle ne permet pas d’identifier l’enfant. Un nouveau non-lieu est prononcé en 1997, selon franceinfo et 20 Minutes. Le dossier reste ensuite en sommeil, sans disparaître complètement des préoccupations judiciaires.

L’ADN finit par donner un nom

Le tournant vient des progrès de la génétique. En 2006 et 2007, les scellés conservés depuis 1987 sont réexaminés. Franceinfo rapporte qu’un rapport rendu en 2008 met en évidence deux profils génétiques sur le maillot de corps et la couverture : un ADN féminin et un ADN masculin, considérés comme probablement ceux des parents. Mais aucune correspondance n’apparaît alors dans le fichier national des empreintes génétiques.

La bascule se produit au printemps 2017. Selon 20 Minutes, l’ADN d’un homme condamné après une bagarre de voisinage correspond au dossier. Les analyses établissent qu’il est le frère de la victime. Le Monde situe l’identification d’Inass à 2017 grâce à l’ADN d’un membre de sa fratrie ; franceinfo écrit que son identité a été établie en 2018. Les deux étapes se complètent : l’ADN donne le nom de famille en 2017, puis l’enquête conduit à l’interpellation des parents en juin 2018.

Les gendarmes remontent alors l’histoire familiale. Inass Touloub est née le 3 juillet 1983. D’après franceinfo, elle est la troisième enfant d’une fratrie déclarée de sept enfants. La famille, originaire du Maroc, vit d’abord à Vitry-sur-Seine, puis à Puteaux, dans les Hauts-de-Seine. Inass aurait été élevée au Maroc par sa grand-mère maternelle avant de rejoindre ses parents en France vers l’âge de 18 mois.

Ouest-France souligne que ce dossier a longtemps été transmis d’enquêteur en enquêteur à la section de recherches d’Orléans. Pour ceux qui l’ont suivi, l’identification d’Inass met fin à une anomalie terrible : une enfant morte sous les violences, restée sans nom pendant trente et un ans.

Ce que la cour devra éclaircir

Après leur interpellation, les parents livrent des versions différentes. D’après franceinfo, Ahmed Touloub affirme que sa fille a subi un « calvaire » sous les coups de sa mère. Il reconnaît ne pas l’avoir dénoncée et ne pas être intervenu pour protéger Inass. 20 Minutes rapporte qu’il explique cette inaction par la « lâcheté ».

Halima El Bakhti, de son côté, a admis une partie des violences, notamment des gifles, mais conteste les morsures, selon franceinfo et 20 Minutes. Elle nie aussi avoir provoqué volontairement la mort de sa fille. Des expertises psychiatriques et psychologiques citées par franceinfo concluent qu’elle ne présentait pas de pathologie mentale avérée ni de trouble susceptible d’abolir ou d’altérer son discernement.

Le 10 août 1987, selon le récit rapporté par les enquêteurs, Ahmed Touloub dit être rentré et avoir trouvé Inass sur un canapé, son épouse évoquant une chute dans les escaliers. La famille part ensuite de nuit vers le Maroc. Les deux parents abandonnent le corps au bord de l’A10 et poursuivent leur route. L’une des filles du couple, citée par franceinfo et 20 Minutes, a décrit un départ précipité et une atmosphère lourde : « Il y avait un drame. »

Le procès devra répondre à plusieurs questions centrales : comment Inass est-elle morte exactement ? Pourquoi aucune alerte n’a-t-elle été donnée malgré les violences ? Comment la famille a-t-elle gardé le silence pendant si longtemps ? Les frères et sœurs d’Inass doivent figurer parmi les parties civiles, aux côtés d’associations. Pour l’avocate de La Voix de l’enfant, citée par franceinfo, l’enjeu est aussi de comprendre pourquoi cette violence s’est concentrée sur cette petite fille.

Sources

Cet article croise 4 sources. Il a été rédigé avec l’aide de l’intelligence artificielle à partir des contenus ci-dessous, puis relu avant publication. Notre méthode