Incendie de Crans-Montana : 17 personnes désormais visées par l’enquête
Dix mois après l’incendie du bar Le Constellation, qui a fait 41 morts et 115 blessés en Suisse, l’enquête pénale s’élargit. Propriétaires, élus et employés communaux sont poursuivis pour négligence.
L’essentiel
- L’incendie du Constellation a fait 41 morts et 115 blessés lors du Nouvel An.
- Dix-sept personnes sont visées, dont les propriétaires du bar, des élus et des agents communaux.
- Des parties civiles demandent une requalification des charges visant les Moretti.
Une nouvelle audition très attendue
Jacques Moretti, propriétaire du bar Le Constellation à Crans-Montana, a été de nouveau entendu ce lundi 2 novembre par les procureures valaisannes, rapporte Le Parisien. Son audition s’est tenue sur le campus universitaire Energypolis de Sion, dans le canton du Valais.
Cette convocation intervient près de cinq mois après une précédente audition dans ce dossier. Comme en juin, Jacques Moretti devait initialement être entendu avec son épouse, Jessica Moretti, également propriétaire du bar. Mais les magistrates ont finalement renoncé à l’entendre ce jour-là.
Selon Le Parisien, une psychologue-psychothérapeute a alerté les procureures sur l’« état de fragilité psychique particulièrement important » de Jessica Moretti et sur les risques liés à une confrontation directe avec son mari. Le Figaro précise que Jessica Moretti a demandé à ne pas être interrogée en présence de son époux après des violences conjugales présumées survenues durant l’été.
Jacques Moretti se trouve en détention provisoire depuis la mi-août pour des violences présumées sur son épouse, indique Le Parisien. Le Figaro situe son interpellation dans la nuit du 11 au 12 août et rapporte que Jessica Moretti avait ensuite été hospitalisée, souffrant d’un important traumatisme crânio-facial.
Plusieurs victimes et proches de victimes ont fait le déplacement à Sion pour cette audition. Certaines personnes présentes portent encore les séquelles physiques de l’incendie, selon Le Parisien.
Un drame survenu pendant la Saint-Sylvestre
L’incendie s’est déclaré dans la nuit du Nouvel An, alors que Le Constellation accueillait des clients pour la Saint-Sylvestre. Le bilan est lourd : 41 morts et 115 blessés, d’après les informations concordantes du Parisien, de 20 Minutes et de l’AFP.
La catastrophe a principalement touché des adolescents et de jeunes adultes. Parmi les victimes figuraient de nombreux étrangers, notamment des Italiens et des Français.
Les premiers éléments de l’enquête pointent un scénario précis. Selon 20 Minutes et l’AFP, le feu aurait été déclenché par les étincelles de bougies « fontaine ». Ces étincelles auraient enflammé une mousse insonorisante située au plafond du sous-sol du bar.
Ce point est central pour les enquêteurs. Il pose la question des matériaux présents dans l’établissement, des conditions d’exploitation du lieu et du contrôle des risques d’incendie. L’enquête cherche désormais à établir qui pouvait connaître ces risques, qui devait les prévenir et si des manquements ont été commis.
Élus, agents communaux et propriétaires mis en cause
L’enquête pénale vise désormais 17 personnes, selon Le Parisien et 20 Minutes. Parmi elles figurent Jacques et Jessica Moretti, propriétaires et gérants français du Constellation.
Sont également concernés huit élus ou anciens élus communaux, dont le président de Crans-Montana, Nicolas Féraud, toujours en poste, ainsi que sept employés ou anciens employés des services communaux.
Tous sont poursuivis pour « homicide par négligence, lésions corporelles par négligence et incendie par négligence », d’après les mêmes sources. Ces qualifications indiquent que la justice suisse examine d’éventuelles fautes ou omissions ayant pu contribuer au drame, sans retenir à ce stade une intention directe de provoquer l’incendie.
Les autorités communales avaient reconnu, juste après la catastrophe, qu’aucun contrôle de sécurité ni inspection liée aux risques d’incendie n’avait été réalisé dans le bar depuis 2019, rapporte Le Parisien. Cet élément alimente l’un des axes majeurs de l’enquête : la responsabilité éventuelle de la commune dans la surveillance de l’établissement.
L’attention porte donc à la fois sur les exploitants du bar et sur les autorités locales. Les enquêteurs doivent déterminer si des normes de sécurité ont été ignorées, si des alertes existaient et si les contrôles auraient pu empêcher la catastrophe.
La défense du couple Moretti fragilisée
L’audition séparée de Jacques Moretti marque un tournant dans la procédure. Le Figaro souligne que les époux Moretti avaient jusqu’ici défendu une version commune des faits et avaient été entendus ensemble ou en présence l’un de l’autre.
Le report de l’interrogatoire de Jessica Moretti modifie cet équilibre. La confrontation prévue n’a pas eu lieu. Cette absence suscite l’indignation de parties civiles, rapporte Le Figaro, alors que les victimes et leurs avocats attendent des réponses sur la chaîne des responsabilités.
Jacques Moretti avait déjà connu une première période de détention provisoire dans le cadre du dossier de l’incendie : du 9 au 23 janvier, selon Le Parisien. Sa détention actuelle relève d’une autre procédure, liée aux violences conjugales présumées.
Sur le fond, les propriétaires du Constellation sont au cœur des interrogations. Début juin, deux avocats des parties civiles ont demandé une requalification des charges visant les Moretti, indique Le Parisien. Ils s’appuient sur la révélation d’échanges avec des employés qui, selon eux, montreraient que le couple connaissait un risque d’incendie.
Ces avocats demandent que Jacques et Jessica Moretti soient poursuivis non plus pour homicide par négligence, mais pour « meurtre par dol éventuel ». En droit pénal suisse, cette notion vise une situation dans laquelle une personne n’a pas l’intention directe de provoquer un résultat, mais envisage sérieusement qu’il puisse se produire et l’accepte malgré tout. Le Parisien rappelle que les peines encourues peuvent alors aller jusqu’à la prison à vie.
Une demande d’enquête sur les finances communales
Le volet pénal n’est pas le seul terrain de contestation. L’avocat Sébastien Fanti a confirmé à l’AFP, après des informations du Matin Dimanche et de la SonntagsZeitung reprises par 20 Minutes, demander une enquête officielle sur la situation financière de Crans-Montana.
Il réclame aussi une mise « sous régie partielle » de la commune, notamment pour ses comptes et sa planification financière en lien avec la tragédie. Cette demande vise à examiner la capacité de la commune à faire face aux conséquences du drame et à ses responsabilités éventuelles.
Cette initiative intervient alors que le président de Crans-Montana, Nicolas Féraud, reste en fonction tout en étant visé par l’enquête pénale. Elle ajoute une dimension institutionnelle au dossier : au-delà des responsabilités individuelles, la gestion communale est désormais interrogée.
Les prochaines étapes dépendront des auditions, de l’analyse des échanges entre les exploitants et les employés, et des décisions des procureures sur une éventuelle requalification des faits. Pour les familles des victimes, l’enjeu reste clair : comprendre comment un incendie parti d’un sous-sol de bar a pu provoquer un tel bilan, et établir les responsabilités à chaque niveau.
Sources
Cet article croise 4 sources. Il a été rédigé avec l’aide de l’intelligence artificielle à partir des contenus ci-dessous, puis relu avant publication. Notre méthode